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Necessity : blind, obedient, beautiful
 
in progress, last modified april 9 2005
 

Weil alludes to necessity as "the mechanism which governs matter" in Thoughts without order concerning the love of God, in an essay entitled L'amour de Dieu et le malheur (The Love of God and affliction).

  Cet univers où nous vivons, dont nous sommes une parcelle, est cette distance mise par l'Amour divin entre Dieu et Dieu. Nous sommes un point dans cette distance. L'espace, le temps, et le mécanisme qui gouverne la matière sont cette distance. Tout ce que nous nommons le mal n'est que ce mécanisme. (P96) This universe we live in, of which we are a part, is this distance put by divine Love between God and God. We are a point in this distance. Space, time and the mechanism that governs matter are this distance. Everything we call evil is nothing else but this mechanism.
  For Weil, Gravity is the paradigm for the mechanism of necessity, and Weil appears to assume classical, Newtonian, laws of physics that completely determine natural events. However, Weil goes on to claim that all of creation is subject to similar deterministic laws, and she includes life, the history of peoples and our very souls. In this light, our thoughts and actions are completely and precisely determined by external causes, to think otherwise is illusion. Weil's vision here is less of a clockmaker's universe, than a creation ruled by natural law, where reason reigns supreme.
  Dieu a fait en sorte que sa grâce, quand elle pénètre au centre même d'un homme et de là illumine tout son être, lui permet, sans violer les lois de la nature, de marcher sur les eaux. Mais quand un homme se détourne de Dieu il se livre simplement à la pesanteur. Il croit ensuite vouloir et choisir, mais il n'est qu'une chose, une pierre qui tombe. Si l'on regarde de près, d'un regard vraiment attentif, les âmes et les sociétés humaines, on voit que partout où la vertu de la lumière surnaturelle est absente, tout obéit à des lois mécaniques aussi aveugles et aussi précises que les lois de la chute des corps. Ce savoir est bienfaisant et nécéssaire. Ceux que nous nommons criminels ne sont que des tuiles détachées d'un toit par le vent et tombant au hasard. Leur seule faute est le choix initial qui a fait d'eux ces tuiles. (P96)

God has made it so that, when his grace penetrates to the very center of a man and, from there, illuminates his entire being, this grace will enable him to walk on water without violating the laws of nature. But when a man turns away from God, he gives himself over to mere gravity. Afterwards he believes he is willing and choosing, but he is only a thing, a stone falling. If one looks closely, with a truly attentive gaze, at souls and human societies, one sees that everywhere that the virtue of supernatural light is absent, everything obeys mechanical laws that are as blind and precise as the laws of falling bodies. This knowledge is profitable and necessary. Those who we call criminals are only tiles torn from a roof by the wind, falling randomly. Their only sin is the initial choice that made them tiles.

     
  Le mécanisme de la nécessité se transpose à tous les niveaux en restant semblable à lui-même, dans la matière brute, dans les plantes, dans les animaux, dans les peuples, dans les âmes. Regardé du point où nous sommes, selon notre perspective, il est tout à fait aveugle. Mais si nous transposons notre coeur hors de nous-mêmes, hors de l'univers, hors de l'espace et du temps, là où est notre Père, et si de là nous regardons ce mécanisme, il apparaît tout autre. Ce qui semblait nécessité devient obéissance. La matière est entière passivité, et par suite entière obéissance à la volonté de Dieu. Elle est pour nous un parfait modèle. Il ne peut pas y avoir d'autre être que Dieu et ce qui obéit à Dieu. Par sa parfaite obéissance la matière mérite d'être aimée par ceux qui aiment son Maître, comme un amant regarde avec tendresse l'aiguille qui a été maniée par une femme aimée et morte. (P97) The mechanism of necessity, while remaining the same, transposes itself on all levels: in brute matter, in plants, in animals, in peoples, in souls. Seen from the point where we are, it is completely blind. But if we transpose our heart outside ourselves, outside the universe, outside space and time, there where our Father is, and if we look at this mechanism from there, it appears completely different. That which seemed necessity becomes obedience. Matter is complete passivity, and hence complete obedience to God's will. It is a perfect model for us. There can be no other being than God and that which obeys God. By its perfect obedience, matter deserves to be loved by those who love its Master, just as a lover looks tenderly upon the needle that was used by the dead woman he loved.
  Nous sommes avertis de cette part qu'elle mérite à notre amour par la beauté du monde. Dans la beauté du monde la nécessité brute devient objet d'amour. Rien n'est beau comme la pesanteur dans les plis fugitifs des ondulations de la mer ou les plis presque éternels des montagnes. (P97) We are warned of the share matter deserves of our love by the beauty of the world. In the beauty of the world, brute necessity becomes the object of love. Nothing is as beautiful as the fugitive folds of the waves on the sea, or the almost eternal folds of mountain scapes.
  La mer n'est pas moins belle à nos yeux parce que nous savons que parfois des bateaux sombrent. Elle en est plus belle au contraire. Si elle modifiait le mouvement de ses vagues pour épargner un bateau, elle serait un être doué de discernement et de choix, et non pas ce fluide parfaitement obéissant à toutes les pressions extérieures. C'est cette parfaite obéissance qui est sa beauté. (P97) The sea is not less beautiful to our eye because we know that sometimes ships sink in it. On the contrary, it is more beautiful still. If the sea modified the movement of its waves to spare a boat, it would be a being possessing discernment and choice, and not this fluid that is perfectly obedient to all external pressures. It is this perfect obedience that is its beauty.
  Toutes les horreurs qui se produisent en ce monde sont comme les plis imprimés aux vagues par la pesanteur. C'est pourquoi elles enferment une beauté. Parfois un poème, tel que l'Iliade, rend cette beauté sensible. (P98) All the horrors that are produced in this world are like the folds imprinted on the waves by gravity. This is why they contain beauty. Sometimes a poem, like the Iliad, renders this beauty.
  L'homme ne peut jamais sortir de l'obéissance à Dieu. Une créature ne peut pas ne pas obéir. Le seul choix offert à l'homme comme créature intélligente et libre, c'est de désirer l'obéissance ou ne pas la désirer. S'il ne la désire pas, il obéit néanmoins, perpétuellement, en tant que chose soumise à la nécessité mécanique. S'il la désire, il reste soumis à la nécessité mécanique, mais une nécessité nouvelle s'y surajoute, une nécessité constituée par les lois propres aux choses surnaturelles. Certaines actions lui deviennent impossibles, d'autres s'accomplissent à travers lui parfois malgré lui. (P98) Man can never escape obedience to God. A creature cannot not obey. The only choice offered to man as an intelligent and free creature, is to desire obedience or not to desire it. If he does not desire it, he perpetually obeys nevertheless, as a thing subject to mechanical necessity. If he does desire obedience, he remains subject to mechanical necessity, but a new necessity is added on, a necessity constituted by the laws that are proper to supernatural things. Certain actions become impossible for him, while others happen through him, sometimes despite him.
  Et comme les oscillations des vagues, toutes les successions d'événements ici-bas, étant toutes des ruptures d'équilibre mutuellement compensées, des naissances et des destructions, des accroissements et des amoindrissements, rendent toutes sensible la présence invisible d'un réseau de limites sans substance et plus dures qu'aucun diamant. C'est pourquoi les vicissitudes des choses sont belles, quoiqu'elles laissent apercevoir une nécéssité impitoyable. Impitoyable, mais qui n'est pas la force, qui est la maîtresse souveraine de toute force. (E362) And like the oscillations of the waves, the succession of all events down here -- all of which are mutually compensated ruptures of equilibrium, births and destructions, increases and decreases -- all render visible the invisible presence of a network of insubstantial limits, harder than any diamond. That is why the vicissitudes of things are beautiful, although they make a merciless necessity appear. Merciless, but which is not force, but the sovereign mistress of any force.
  L'opération de l'intélligence dans l'étude scientifique fait apparaître à la pensée la nécessité souveraine sur la matière comme un réseau de relations immatérielles et sans force. La nécessité n'est parfaitement conçue qu'au moment où les relations apparaissent comme parfaitement immatérielles. Elles ne sont alors présentes à la pensée que par l'effet d'une attention élevée et pure, qui part d'un point de l'âme non soumis à la force. (E365) The operation of intelligence in scientific study makes sovereign necessity over matter appear to thought as a network of immaterial relations, without force. Necessity can only be perfectly conceived when the relations appear as perfectly immaterial. They are then present to the mind only by the effect of elevated and pure attention, which issues forth from a point in the soul which is not submitted to force.
  Les forces d'ici-bas sont souverainement déterminées par la nécessité; la nécessité est constituée par des relations qui sont des pensées; par suite la force qui est souveraine ici-bas est souverainement dominée par la pensée. L'homme est une créature pensante; il est du côté de ce qui commande à la force. (E366) The forces down here are sovereignly determined by necessity; necessity is constituted by relations which are thoughts; it follows that the force which is sovereign down here is sovereignly determined by thought. Man is a thinking creature; he is on the side of that which commands force.
  Tant que l'homme tolère d'avoir l'âme emplie de ses propres pensées, de ses pensées personnelles, il est entièrement soumis jusqu'au plus intime de ses pensées à la contrainte des besoins et au jeu mécanique de la force. S'il croit qu'il en est autrement, il est dans l'erreur. Mais tout change quand, par la vertu d'une véritable attention, il vide son âme pour y laisser les pensées de la sagesse éternelle. Il porte alors en lui les pensées mêmes auxquelles la force est soumise. (E366) As long as man tolerates having his soul full of his own thoughts, of his personal thoughts, he is entirely submitted -- even in his most intimate thoughts -- to the constraint of needs and the mechanical play of force. If he believes otherwise, he is in error. But everything changes when, by virtue of real attention, he empties his soul to let the thoughts of eternal wisdom pass through it. He then carries in himself the very thoughts to which force is submitted.